ARGENTINE : Un « Mondial pour tous » aussi dans les pubs

« Le foot pour tous » est un credo en Argentine. Mais la mesure fait polémique. Explications de notre Observateur à Buenos Aires. / Une publicité pour le plan d’accès à la propriété privée diffusée pendant les matchs du mondial, capture d’écran vidéo

Selon une formule déjà en vigueur pour le championnat local, la télé publique argentine a acheté l’intégralité des droits de retransmission du Mondial 2014.

La formule du « futbol para todos » est bien connue en Argentine. Chaque année, le gouvernement inscrit dans la loi de finance l’achat des droits télé du football, soit environ 100 millions d’euros par an, pour que les matchs du championnat soient diffusés, en intégralité et en clair, sur le réseau des chaînes publiques.

La mesure est controversée. C’est beaucoup d’argent pour un pays qui vit juste et où les besoins réels sont sans doute ailleurs. Elle est décriée par l’opposition. En plus d’être chère, elle sert de support de communication à la présidence, qui détaille à la mi-temps, ses accomplissements en matière d’infrastructures et de services publics.

 

A la télévision, une publicité pour le plan d’accès à la propriété par le gouvernement argentin.

 

L’idée fait cependant l’objet d’un certain consensus au sein de la population. Le football est si présent dans la vie des argentins que suivre sont équipe à la télé ne peut être le luxe de quelques uns. On se souvient sans regret de l’époque où l’on devait se rendre dans un bar pour voir les matchs. Jorge Capitanich, actuel directeur de cabinet de la présidence (équivalent argentin du premier ministre français), a rationalisé un peu l’investissement, en y mettant plus de publicité commerciale (pour que l’Etat rentre dans ses frais) et moins de communications d’ordre politique.

Le Mondial du Brésil reproduit la formule. L’ensemble des matchs sont proposés en clair à la télé publique. La mesure de l’investissement n’a pas été communiquée mais est sans doute conséquente. L’orientation politique des programmes liés au Mondial est assumée. Capitanich l’avoue franchement, il s’agit de garantir l’accès à la diffusion du mondial à tous les argentins, mais aussi de « donner de la publicité aux actions du gouvernement, chose fondamentale dans une république. »

Publicité « l’Argentine nous inclut », message du gouvernement en faveur de l’intégration, qui montre une Argentine unie  dans la diversité. La société argentine est volontiers minée par le racisme et les inégalités.

L’offre médiatique privée est très concentrée en Argentine et la majorité présidentielle y trouve essentiellement un écho hostile. Elle se sert de la télé publique comme canal de communication avec son électorat populaire. Le football est central dans le cadre de cette politique. Le talk show phare de la compétition est co-animé par Victor Hugo Morales, journaliste d’origine uruguayenne aux allures de tribun, et la légende éternelle du foot argentin, Diego Maradona. Il est co-diffusé sur la chaîne d’information vénézuelienne Tele Sur.

A la mi-temps du match entre l’Argentine et la Bosnie, on a pu voir une série de séquences promouvant les politiques publiques du gouvernement. Elle rompent avec le catastrophisme des media privés en donnant une image positive et optimiste du pays. On y voit par exemple un clip qui montre l’Argentine unie dans sa diversité, puis une  publicité pour le programme de prêts subventionnés en vue d’un premier accès à la propriété, une séquence sur la nouvelle mesure pour restreindre les pratiques usuraires des banques, ou encore Lionel Messi qui rend hommage à l’organisation des grands-mères de la Plaza de Mayo.

 

Exemples de clip diffusé à la mi-temps d’Argentine-Bosnie:

Une publicité où Messi pose avec les grands-mères de la place de mai; organisation de défense des droits de l’homme fondée par des mères de jeunes femmes emprisonnées pendant la dictature militaires qui ont accouché en captivité. Elles recherchent la trace de ces enfants. Les mères et grands -mères de la place de mai sont au coeur du travail de mémoire sur les crimes de la dictature militaire. Elles sont une voix forte de l’affirmation démocratique de l’Argentine.

Autre séquence de « L’Argentine nous inclut ». Une lycéenne décrit les accomplissements de l’Argentine en matière de service public et de prestations sociales au cours des dix dernières années (couverture santé, allocations familiales, transports, éducation )

 

Raphaël, à Buenos Aires, Argentine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *