ALGÉRIE : Vahid Halilhodzic doit-il rester ?

Avant le match historique de l’Algérie ce soir contre l’Allemagne, une question reste en suspend : le coach bosniaque Vahid Halilhodzic, qui a mené les Fennecs là où ils ne sont encore jamais arrivés, devra t il rester après la Coupe du Monde ? L’avis de notre Observateur à Blida. / Photo Stefan Meisel Wikimedia

Dur de se retrouver à la tête des Fennecs dans un pays où le football demeure le sport-roi . L’État algérien l’a bien compris et a mis tous les moyens matériels, financiers et humains entre les mains des dirigeants. L’entraîneur Halilhodzic a eu les mains libres pendant trois ans pour former un ensemble cohérent.

Il y est arrivé après bien des péripéties et lui-même l’a déclaré à l’issue de la qualification aux huitièmes :

« Laissez-moi savourer cette victoire venue après bien des peines. »

Cette joie méritée laisse sous-entendre toutes les difficultés rencontrées dans un pays miné par la corruption à tous les niveaux de la société. Il avait fallu épargner l’équipe nationale et ça a été dur durant ces trois années et combien d’entraîneurs « locaux », de dirigeants du football avaient demandé à changer d’entraîneur. Le Bosniaque avait failli partir à l’issue de la Coupe d’Afrique en janvier 2013 où les Fennecs avaient été éliminés dès le premier tour.

L’entraîneur a construit depuis une équipe formée à partir de joueurs évoluant dans les championnats étrangers et c’est le côté attaqué par ceux qui veulent la tête de l’entraîneur. Voici un petit florilège de tout ce que j’ai entendu depuis plusieurs mois :

« Il empêche l’éclosion de talents nationaux, issus du championnat national »

« Il n’assiste à quasiment à aucun des matchs de la division Une nationale »

« Il se considère comme un roi et n’organise aucune rencontre avec les entraîneurs nationaux »

Ces déclarations véhiculées également par une presse loin d’être la meilleure, a amplifié le phénomène qui a joué sur le mental de l’entraîneur qui ne veut pas renouveler son contrat, estimant en avoir vu de toutes les couleurs. La qualification aux huitièmes lui fera-t-elle changer d’avis ? Posera-t-il d’autres conditions ?

Hafidh Derradji, célèbre journaliste et chroniqueur de la chaîne Al Djazira, mis à la porte depuis, prie l’entraîneur de partir afin de ne pas avoir à lever le voile sur tout ce qui fait la négation d’une politique sportive saine en Algérie. Le coach Halilhodzic a su former un groupe, a obligé beaucoup de dirigeants à respecter l’éthique du travail. Nager en eaux troubles est la spécialité de pseudo-techniciens incapables de donner des joueurs  à l’équipe nationale, qui ne font pas dans la formation à long terme. Il est vrai que 16 des 23 joueurs de notre équipe nationale sont nés en France, donc non concernés par le championnat national. C’est peut être là la force d’Halilhodzic : avoir su constituer un groupe qui ressemble à la génération actuelle.

Devant la liesse populaire et l’amour que le peuple algérien porte à son équipe et à son entraîneur, certains pourraient chercher à cueillir « les fruits des efforts de ceux qui bataillent pour réussir » dixit Hafidh Derradji. Quelle que soit l’issue de la rencontre contre l’Allemagne, le contrat du coach Halilhodzic est rempli. Le renouvellera-t-il ? That is the question.

 

Abdelkrim Mekfouldji, Observateur de France 24 à Blida, Algérie

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Enseignant à la retraite, ex.directeur de formation professionnelle dans une école privée, j'ai été longtemps correspondant de presse de quotidiens nationaux et France24, chef de bureau des quotidiens Le Matin, El Watan et Info Soir.

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