France : Il faut « tuer Battiston »

VIDEO | Gagner Face à l’Allemagne vendredi au Maracana de Rio de Janeiro, c’est l’occasion pour les Bleus de tourner définitivement la page du double épisode de Séville (1982) et mexicain (1986). Et de rentrer un peu plus dans l’histoire. (Photo : le stade Ramón Sánchez Pizjuán, théâtre du fameux France-RFA de 1982, Frobles/Wikimedia Commons)

Evoquer le quart de finale de la Coupe du monde au Brésil entre la France et l’Allemagne, qui se déroulera vendredi 4 juillet 2014 sur la pelouse du mythique stade du Maracana, c’est avant tout se replonger 32 ans en arrière. Plus précisément le 8 juillet 1982, à Séville.

Une dramaturgie à couper le souffle

Cette première demi-finale de Coupe du monde entre les Bleus et la RFA, le 8 juillet 1982, restera comme un des souvenirs les plus marquants de l’histoire du football français. Et surtout le plus cruel pour les joueurs de Michel Hidalgo.

 

Une dramaturgie d’une intensité incroyable qui verra la France s’incliner aux tirs au but après avoir pourtant mené 3-1 durant la prolongation. Ce France – RFA, c’est également la 57e minute et cet attentat du gardien Schumacher sur Batiston, entré en jeu à la place de Genghini et percuté de plein fouet. Résultat : commotion cérébrale, cervicale fracturée et dents cassées d’un côté. Rien de l’autre. Juste un scandale ! La suite, c’est l’image de Bossis accroupi, après avoir loupé son tir au but et des joueurs inconsolables dans le vestiaire. Et pourtant, l’histoire se répètera quatre ans plus tard.

1986, Guadalajara : le remake de Séville

Moins d’intensité, moins d’ambiance et peu d’émotions. Mais le même résultat. Après avoir été champions d’Europe en 1984, la génération Platini force le respect en battant l’Italie (2-0) puis le Brésil, grandissime favori (1-1, 4-3 tab dans ce qui est considéré encore aujourd’hui par beaucoup de spécialistes comme le plus beau match de l’histoire de la Coupe du monde) avant de s’incliner 2 buts à 0 face aux Allemands.

Michel Platini, diminué depuis le début de l’épreuve par une blessure au genou, termine épuisé et à genoux. C’est l’image marquante de ce nouvel épilogue pour une équipe de France pas vernie.

2014 : l’histoire à déjà basculé

Ressasser les mésaventures des Bleus face à l’ex-RFA montre à quel point ces souvenirs ont marqué plusieurs générations. Cela montre surtout qu’il est désormais temps de tourner la page et de passer à autre chose. 2014 n’est pas 1984, ni 86, le stade du Maracana n’est pas celui de Séville, ni Guadalajara. Et la génération n’est plus la même depuis bien longtemps. Des deux côtés d’ailleurs. Entre temps la France s’est offerte la Coupe du monde 98 et l’Euro 2000 ainsi que la finale du Mondial 2006… en Allemagne.

Pour finir de tordre le cou à un vieil adage, non au football, ce n’est plus l’Allemagne qui gagne à la fin. Et à vrai dire, cela commence à faire long pour cette Mannschaft au jeu séduisant, certes… mais de moins en moins gagnant. Sevré de titre mondial depuis 1990, la Team de Joachim Löw à été finaliste lors de l’édition 2002 et double « troisième en titre » (2006 et 2010). L’Allemagne est toujours bien placée. Mais plus vraiment au sommet.

Les Allemands restent favoris mais…

Ce quart de finale entre deux équipes qui ont toutes les deux clamées leur intention d’aller au bout en conférence de presse s’annonce ouvert et passionnant. Les Bleus ont d’ores et déjà remplis leur objectif et la route qui pourrait les conduire à une éventuelle en finale le 13 juillet prochain n’est que du bonus. Une éventuelle demi verrait les Tricolores entrer dans une nouvelle dimension, celle d’un favori pour l’Euro 2016 à domicile.

Favori naturel par leur passé récent, les Allemands s’avancent avec beaucoup moins de certitudes vers ce grand rendez-vous après avoir longtemps souffert face aux Fennecs en huitièmes de finale (2-1 a.p). Moins insouciante qu’en 2010, la sélection de Joachim Löw à sciemment orienté son jeu vers la possession mais a toujours plus de talents offensifs que défensifs. Au milieu, Lahm, que beaucoup d’observateurs souhaiteraient voir revenir dans le couloir droit, fait office de régulateur. À ses côtés Bastien Schweinsteigner et Khedira n’hésitent pas à se projeter vers l’avant. Surtout, l’Allemagne est portée par l’efficacité de Thomas Müller, positionné en faux 9 mais dont le sens du déplacement et les appels entre les lignes gênent profondément les défenses adverses. Sans oublier Manuel Neuer, un des meilleurs gardiens au monde actuellement.

Le point faible sur lequel les Français devront appuyer est sûrement la défense, composée de quatre défenseurs centraux et qui n’a pas toujours donné des garanties face au Ghana et à l’Algérie. Souvent prise de vitesse, cette défense semble payer l’absence de latéraux de métiers. La vitesse de Griezmann combinée à l’apport offensif de Debuchy et Evra pourrait bien être décisive.

… les Bleus ont leur chances

Pour prendre le meilleur sur cette Nationalmannschaft les Bleus doivent débuter le match comme face à la Suisse (5-2), effectuer un pressing haut et gêner la relance de Lahm et Bastian Schweinsteiger, principale rampe de lancement. L’équipe de Didier Deschamps ne devrait pas avoir la possession du ballon mais peut compter sur une méthode qui a plutôt bien marché jusque-là, à savoir la contre attaque. Avec 10 buts inscrits depuis le début du tournoi, l’efficacité des Bleus s’est avérée redoutable, face à la Nati mais surtout face au Nigeria (2-0).

Si le jeu déployé par les Français face aux Super Eagles n’a pas été très séduisant, Didier Deschamps ne changera pas la configuration tactique vendredi prochain. Le 4-3-3 colle parfaitement à cette équipe qui n’a pris que deux buts depuis le début de la compétition. Au milieu, le travail de récupération de Matuidi et les compas de Paul Pogba sont des atouts précieux. Ajoutez à cela une sentinelle comme Cabaye et sa justesse technique, vous obtenez un trio impérial. Du côté offensif, la France compte un atout de taille en la personne de Valbuena, le joueur par lequel la lumière peut jaillir. Dribbles courts, percussion, qualité de passe, coup de pieds arrêtés, le Marseillais dispose d’une large palette technique. Il est devenue la clé du système Deschamps.

Aû delà de ces éléments, les projecteurs seront portés sur le madrilène Karim Benzema. Après un Euro 2012 décevant, il a bousculé de nouvelles barrières. Vainqueur de la Ligue des Champions 2014 avec le Real (la Decima), l’ex-Lyonnais traverse sûrement la meilleure passe de sa carrière. Au Brésil, il en est déjà à trois buts et deux passes décisives (sans oublier le but csc du gardien hondurien qui lui revient à moitié et celui non validé face à la Suisse alors que l’arbitre venait de siffler la fin de la rencontre). Au total, Benzema est impliqué directement sur 6 des 10 buts des Bleus et n’espère pas s’arrêter là. En inscrivant pour la première fois un but en match à élimination direct lors d’un Mondial, il pourrait aider la France à franchir un nouveau cap. Une demi-finale face au Brésil ?

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Pierre Dujol

Pierre Dujol

Pigiste et Mondoblogeur pour la Coupe du Monde au Brésil, le pays de la Samba ! Passionné par le foot et la virtuosité des gestes techniques. Et surtout fidèle supporter de l'Olympique Lyonnais.

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