Brésil-Allemagne : la honte du siècle !

REPORTAGE | Le ciel est complètement noir ce mardi 8 juillet à Belo Horizonte, où le Brésil se frotte aux Allemands commandés par Joachim Low. Il ne pleut pas. Mais ce plafond nuageux est un mauvais présage pour ce qui va suivre… (Crédit photo : Serge Katembera)

Douzième minute de jeu, corner pour l’Allemagne. Tony Kroos, encore lui, est à la manette. Le plat du pied de Müller, en demi-volée, totalement libre sur une erreur de David Luiz improvisé défenseur droit : 1-0.

Jusqu’ici tout va bien. Le Brésil va reprendre le jeu. Mais nouvelle erreur de marquage de la défense centrale et Klose écrit l’histoire : 2-0 à la 22e minute de jeu pour son seizième but en Coupe du monde. Il vient de battre le record de Ronaldo qui commente le match pour la télévision Globo.

Ma voisine ne regarde plus le match et me demande

-Tu as WhatsApp ?

– Oui.

Sur l’écran au-dessus de nous, la télévision montre Fred et Oscar au milieu du terrain. Je devine les mots qu’il souffle à son meneur de jeu,  » Vamos mudar !  » :  » Il faut qu’on change… « . Mais rien ne va changer ce soir : 3-0, et l’horloge marque 24 minutes. Le Brésil a pris l’eau en quatre minutes.

Premiers pleurs

Un premier couple quitte le bar. Dans le stade, ce public qui y croyait vraiment – les naïfs… – commence à pleurer…

Ici aussi on pleure. On a juste le temps de voir le ralenti que l’Allemagne marque à nouveau : 4-0. Le ciel est plus que jamais noir et la nuit n’est pas encore tombée.

Galvão Bueno, icône de la télévision brésilienne qui commente ce match lâche la phrase qui tue  :  » C’est le plus grand blackout de l’histoire du football mondial « . Tu parles.

 » C’est impossible ! « 

Felipe Scolari aurait dû faire trois changements à 2-0. Mais on va encore attendre. 29 minutes de jeu, 5-0 pour l’Allemagne.  » C’est impossible ! «  crie une amie assise à ma droite. « Non, on va se réveiller, ce n’est qu’un mauvais rêve… Ça ne peut pas être pire que le Maracanaço en 1950 « , pensé-je. Et cette fois-ci Barbosa, le gardien noir, n’est pas sur la pelouse pour porter le chapeau.

C’est la mi-temps au Mineirão, l’heure est au bilan.

Une deuxième mi-temps protocolaire

Les Allemands sont de retour sur la pelouse avec Per Mertesacker. Felipe Scolari fait enfin les deux changements espérés en première période : Paulinho et Ramires.

Il est gentil Paulinho avec ses frappes  » de zéro à zéro «  comme le dit Didier Deschamps à Matuidi, mais la guerre est finie depuis longtemps. Cette deuxième période est protocolaire.

Il pleut maintenant sur la ville de João Pessoa. La nuit aussi est tombée et sur la pelouse du nouveau stade de Belo Horizonte le Brésil souffre. L’entrée de Willian semble avoir donné à la Seleção un semblant de jeu.

Quand les Allemands pratiquent le beau jeu brésilien…

A 6-0, les Brésiliens applaudissent la belle équipe allemande qui leur offre ce beau spectacle qui jadis fut la marque déposée des Auriverde. Puis, à 7-0, le public insulte ces joueurs d’une équipe brésilienne qui fait honte à la tradition des Ronaldo et Rivelino.

Un ami profite du moment où un serveur nous apporte de la bière pour lui poser une question un peu hors sujet :

– Alors mon vieux, pour qui voteras-tu?

– Pour Marina Silva.

– Mais elle n’est pas candidate cette année.

– Alors, je ne voterai pas !

Ce qu’on craignait va-t-il finalement se réaliser ? La tragédie de Minas Gerais va-t-elle avoir des effets sur la prochaine élection présidentielle ? C’est la seule question sur laquelle les gens débattaient à ma table…

Le Brésil a perdu. Le choc est immense. Mais comme le disait un vieux journaliste,  » Nous avons perdu, mais demain matin, le journal doit paraître... « .

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Serge
Serge Katembera est congolais, diplomé en journalisme. Doctorant et chercheur en Sociologie des Nouveaux Médias à l'Université Fédérale de Paraíba au Brésil. Il est l'auteur d'articles publiés dans des révues académiques brésiliennes et internationales.

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