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ESPAGNE : L’élimination ? La faute des catalans !

COUP DE GUEULE | L’Espagne tente d’oublier une semaine difficile qui a vu l’élimination de la Roja. Mais à Barcelone, on est plutôt surpris de la réaction du reste du pays. Explications.

Il est certain que, après l’élimination de la Roja,  la Coupe du Monde n’intéresse pas de la même façon aux espagnols. Il est évident qu’on se trouve dans une sorte de catharsis qui va provoquer bientôt de grands changements au sein de la Fédération espagnole et de la sélection même. Tous les Espagnols sont d’accord sur un point : c’est la fin d’une étape et qu’il faut faire un « re-set ».

Mais cette semaine quelques reproches sont parus dans la presse de Madrid autour des joueurs du Barça dans la sélection espanole. On dit qu’ils étaient renfermés sur eux-mêmes dans le vestiaire et qu’ils ne voulaient pas parler avec le reste de l’équipe.  C’est comme si le miroir s’était cassé et qu’ils étaient decenus « les catalans ».

« Les catalans par ci,  les catalans par là ».

Au moment des triomphes, des lauriers, des grandes effervescences patriotiques,  les titres des journaux sportifs étaient ceux-ci: « Les joueurs espagnols ont gagné la Coupe d’Europe ». ou « L’espagnol Piqué, l’espagnol Busquets, l’espagnol Puyol, etc. ont gagné la Coupe du Monde en Afrique du Sud ».

Moralité: On est « espagnol » quand on réussit. On est « catalan » quand on échoue. On ne se rappelle plus que, grâce à l’emprunt du jeu du Barça et à la contribution de 7 ou 8 joueurs du club catalan (plus de la moitié de l’équipe !), la Sélection Espagnole a recolté beaucoup de victoires et elle est devenue Championne du monde.

 Pour se consoler, les supporteurs du Barça pourront continuer à suivre les prouesses des joueurs  du club (Messi, Mascherano, Neymar, Di Maria…etc.). Mais le principal souci reste que ces stars ne soient pas « massacrés » pendant les matchs qui restent jusqu’à la finale. Car sinon, ce sera un vrai souci pour le FC Barcelone !

 

Miquel Puig, Observateur de France 24 à Barcelone, Espagne


ESPAGNE : « La fin du tiki-taka » du FC Barcelone

Depuis mercredi, avec l’élimination de l’Espagne, tout le pays semble tourner au ralenti… Notre Observateur à Barcelone, ville où la sélection espagnole n’est pas toujours très bien perçue, nous explique comment il a vécu cette élimination. / La Roja coule comme le Titanic, Photomontage publié sur gluss.blogspot.com

La réaction de la presse et des medias espagnols le lendemain de l’élimination de la Roja au Championnat du Monde de Football a été surtout de calmer les citoyens après cette débâcle inattendue. Chez nous, on dit « mettre un voile » ou « tirer le rideau sur ». Il fallait tenir compte que c’était le même jour choisi par le gouvernement espagnol pour proclamer Felipe VI le nouveau roi de l’Espagne et la prudence était devenue la vertu la plus souhaitée.

Je regardais la retransmission de la 5 et le ton des commentateurs allait d’une confiance absolue vers la sélection espagnole au début du match contre le Chili   à une acceptation presque mystique de la défaite 96 minutes après.   Ils disaient:

« Rappelez-vous que ces mêmes joueurs nous ont permis de fêter les jours de gloire de la Sélection espagnole quand elle fut consacrée Championne de l’Europe et du Monde. Ils n’ont pas bien joué cette fois mais il faudra penser à l’avenir et changer le type de jeu calqué  sur celui du FC Barcelone des dernières années mais qui n’est plus efficace ».

J’ai vu Iniesta et Iker Casillas demander pardon à la population espagnole et le même coach Vicente Del Bosque reconnaissant qu’ils avaient perdu justement.

En suspend restaient plusieurs questions : pourquoi n’avait-il pas changé Iker Casillas après le 1-5 contre les Hollandais et pourquoi avait-il décidé de faire rester sur le banc deux grands joueurs du Barça comme Cesc Fàbregas ou Piqué. Etait-ce dû aux pressions des directifs espagnols dans le sens qu’il fallait couper l’hégémonie blaugrana de la Roja après la mauvaise expérience subie lors du match contre les Hollandais ?

Quoi qu’il en soit, et quel que soit les commentaires, le résultat 0-2 contre le Chili n’a rien à voir avec ces changements de dernière heure. Quand-même quelque chose reste très clair : l’ancienne formule du Barça (« le tiki-taka ») n’est plus applicable à l’équipe catalane et, par extension, à la Sélection espagnole. La tactique qu’ un jour fut révolutionnaire et causa l’admiration du monde entier reste maintenant obsolète. Il faut apporter de nouveaux joueurs et des nouvelles idées. D’une certaine manière, la défaite de la sélection espagnole, c’est un peu la défaite du FC Barcelone.

On est passé à autre chose

Quoi qu’il en soit, en Espagne on ne parle plus de la défaite de la sélection, deux jours après le drame. La presse et la TV sont maintenant très occupées à commenter et analyser l’événement royal et il n’y a pas d’espace pour se plaindre. Le Gouvernement de Mariano Rajoy et les politiciens de Madrid sont plongés dans un silence de cimetière mais ils se sont déjà mis d’accord pour changer la couleur rouge du maillot de la Sélection Espagnole dans l’avenir.

On voit des vignettes sur internet se moquant des joueurs de la Roja et des généreuses primes qu’ils ne recevront pas,  et c’est à peu près tout. Dans les villes et les villages du pays on préfère tourner la page.

 

 

A Barcelone, on jubile… mais pas trop

J’habite près de Barcelone, et pour être franc en Catalogne, on est ravi de l’élimination de la Sélection espagnole de cette Coupe du monde au Brésil mais sans en extérioriser la joie. Les supporteurs du FC Barcelone sont très heureux de voir qu’une partie importante de leur équipe est déjà rentrée au Camp Nóu pour préparer la prochaine Liga en comptant sur une équipe renouvelée.

Bien entendu, on attend encore la rentrée de Messi, Neymar et les autres joueurs internationaux qui sont au Brésil mais on est content parce qu’ils sont persuadés que le jeu de leur équipe sera désormais tout à fait différent.

En résumé : La vieille tactique révolutionnaire du FC Barcelone de Guardiola et Cruyff puis adoptée par la Sélection espagnole de M. Del Bosque reste déjà dans le passé. Comme le disait le roi Felipe VI dans son discours d’intronisation d’hier, « nous sommes maintenant dans un temps nouveau ».

 

Miquel Puig, Observateur de France 24 à Barcelone