11 février 2009, Stade Vélodrome de Marseille - Entrée des Bleus sur la pelouse pour le match France vs Argentine © S.H

France-Allemagne : humours bleus, amour vache

Jusqu’ici, j’avais suivi cette Coupe du monde 2014 dans des ambiances cosmopolites, entre Népalais, expatriés et touristes. Nostalgique de l’euphorie du virage nord du Stade Vélodrome, j’avais envie de suivre un match dans un contexte plus homogène. (Crédit photo : Stéphane Huët)

Je n’avais pas trouvé d’Anglais pour suivre les matchs des Three Lions et j’avais raté les deux premiers matchs des Bleus. Pour France-Équateur, j’étais avec deux Français. Un petit comité sympathique qui m’a permis de ne pas regretter toute l’organisation (sieste, etc) pour voir ce match – nul et sans suspense –  qui commençait à 1 h 45.

Pour France-Nigeria (2-0), j’étais allé un peu en dilettante et j’ai raté la première mi-temps. Je portais aussi le maillot de la Côte d’Ivoire et ça en avait titillé quelques-uns.

France-Allemagne était donc l’occasion de me mettre vraiment dans cette atmosphère 100 % française que je cherchais. J’aime cette sensation d’être emporté malgré moi par les clameurs de personnes qui supportent leur pays.

Où suivre un match des Bleus à Katmandou ?

Il y a 239 Français au Népal selon les chiffres officiels. En fait, il y en a un peu plus si l’on compte les dizaines de stagiaires et bénévoles qui ne sont pas enregistrés au consulat de France à Katmandou.

Je pensais que ce serait facile de trouver un rassemblement de Français dans un bar de Katmandou pour ce quart contre l’Allemagne. Mais de la chaise où je recevais les informations pour la soirée, il m’a semblé qu’il était aussi difficile de choisir un lieu que de savoir si Didier Deschamps devait mettre Griezmann titulaire. On hésitait entre le Sports Bar Jhamsikhel et l’Arena Sports Lounge de Thamel. C’est finalement le Buzz Café de Bulawatar qui a été choisi. En recherche d’émotions, j’ai suivi la vague bleue. Mais aussi parce que j’avais envie de taquiner un peu.

Ce vendredi 4 juillet, j’ai pensé mettre le maillot de la Turquie, mais ça aurait agacé non seulement les Français, mais les supporteurs de l’Allemagne aussi.

Le chauffeur de taxi (qui était sûr que l’Allemagne allait gagner) a eu du mal à trouver le Buzz Café. J’y suis arrivé alors que le match avait commencé depuis sept minutes. Les Français et les Népalais supportant les Bleus étaient éparpillés dans le jardin et sur la terrasse. Avec cette configuration, j’imaginais mal l’ambiance unie dans laquelle j’étais venu me perdre. Mais peut-être allait-elle se répandre grâce à ces groupes dans chaque coin du café ?

Les supporteurs de l’Allemagne étaient là

Treizième minute du match. Coup franc de Kroos, mauvais marquage de Varane et but de Hummels. Au Buzz Café, il n’y a eu qu’un timide « houra ». On s’est demandé si le ballon était bien rentré. Lorsque ça a été confirmé à l’écran, un groupe de Népalais s’est enfin levé les bras en V pour célébrer le but. On alors constaté que les supporteurs de l’Allemagne, bien qu’en minorité, étaient eux compacts au milieu de la terrasse.

Parmi les téléspectateurs, on parlait du physique disgracieux de Schweinsteiger « qui a pourtant une super meuf » ou de la « coupe de cheveux ridicule » de Joachim Löw. Giroud, Debuchy et Pogba ont été épargnés par ces remarques. J’ai aussi entendu que si la France n’arrivait pas au bout dans cette Coupe du monde, « c’est parce qu’elle n’a plus de stars, comme Zidane ou Platini ». Même si Platini n’a jamais amené la France en finale d’une Coupe du monde et qu’on a vociféré que les « stars » de l’équipe de France avaient ruiné le Mondial 2010, cette théorie tient plutôt la route.

À côté de moi, on a commencé à s’énerver à cause des fautes des Allemands et du manque de réalisme des Français. C’est Müller qui me tapait sur le système à toujours aboyer pour demander une faute.

« Ils ne sont même pas Allemands, putain ! »

Globalement, le Buzz Café ressemblait à ce qui se faisait sur la pelouse du stade Maracanã : des petites vagues, de la nervosité, des supporteurs allemands qui se faisaient entendre et un peu de placidité. Ce n’était pas la liesse à laquelle je m’attendais.

Pendant l’Euro 96, une minuscule télévision de chambre d’étudiant diffusait le quart de finale France-Pays-Bas au Nautilus, le club de mon village, Albion. Les Albionais fans des Bleus avaient été beaucoup plus bruyants que les nombreux Français au Buzz Café ce vendredi 4 juillet. Peut-être parce qu’en 1996, on avait plus de raisons d’y croire à une qualification.

À la fin du match, les supporteurs de l’Allemagne ont exprimé discrètement et brièvement leur joie. Lucas, un Français avec qui je regardais le match, dépité par la défaite des Bleus ne comprenait pas ce comportement : « Ils ne sont même pas Allemands, putain ! » Comme je comprends ces gens qui n’ont pas leur nation représentée à la Coupe du monde…

Après avoir chambré gentiment Lucas, il a enfin répliqué comme mes amis d’Avignon avaient souvent l’habitude de réagir : « Et l’île Maurice, elle en est où dans la Coupe du monde ? » J’ai même été étonné que cette question arrive si tard, à ce stade de la compétition. La frustration de la défaite, sans doute.

Ça m’a ramené bien loin. En 2006, j’étais au Black Sheep Irish Pub de l’Isle-sur-la-Sorgue avec des amis pour regarder le match Corée du Sud-France. J’avais poussé un cri et levé le poing quand Park Ji-Sung avait égalisé à la 81e minute. Mes amis étaient abasourdis en me voyant faire ce geste que je n’ai jamais pu justifier. « Parce que je suis content pour Park Ji-Sung : il joue à Manchester United » ou « c’est pour le beau jeu, ça met du suspense. C’est cool, non ? ». Non. Rien n’était passé.

Quatre ans plus tard, alors qu’on était dans les gradins du Stade de France pour France vs Biélorussie, mon ami Loïc m’en parlait avec encore un peu d’amertume et d’incrédulité – peut-être qu’il m’en veut toujours ? C’est pourtant simple : c’était de la provocation stupide. Comme quand je mets le maillot de la Côte d’Ivoire pour un France vs Nigeria.

J'ai aussi un beau maillot de l'équipe de France de 1998 © S.H
J’ai aussi un beau maillot de l’équipe de France de 1998. Et alors ? © S.H

Malgré mes espiègleries, Lucas finira par comprendre ce que Loïc sait déjà. J’aime la France, ses Français(es), ses cuisses de grenouille, sa Nouvelle Vague et même sa Ligue 1. C’est parce que je l’aime tellement que je ne peux m’empêcher de la châtier.

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* Un humour bleu, qui serait du côté de la fantaisie et du rêve, voire de l’absurde (référence aux « contes bleus »).

Une réflexion sur “ France-Allemagne : humours bleus, amour vache ”

  1. Ce match m’a laissé un goût amer… les allemands quii plongent comme les italiens avant… et les français qui n’eccèlerent jamais leur rythme pendant cette rencontre… frustrant !

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