Quel bilan pour les Bleus après le Mondial brésilien ?

En atteignant les quarts de finale d’une Coupe du monde pour la première fois depuis 2006, la France a rempli son pari humain et sportif et redonné des couleurs au maillot tricolore. Didier Deschamps aura été le principal instigateur du nouvel élan bleu, portée par une jeunesse prometteuse. Quel bilan faut-il tirer après le Mondial au Brésil  ? Quelles perspectives alors que se profile l’Euro 2016 en France ? Eléments de réponse.

Oui, la page de Knysna est définitivement tournée. Les nuages encombrants et la morosité ambiante qui  pesaient encore sous l’air Laurent Blanc avec parcimonie ont laissé place à un rayon de soleil que l’on souhaite durable pour les Bleus en attendant l’Euro 2016 dans l’hexagone.

L’engouement né du match retour face à l’Ukraine (3-0) le 19 novembre dernier au Stade de France a donc trouvé un prolongement au Brésil,  à proximité des plages de Copacabana, où les Bleus pourront se féliciter d’avoir accompli avec brio leur objectif.

Même si ces derniers rêvaient tout bas d’une demi-finale contre le Brésil et d’une fin légèrement moins frustrante. Mais l’expérience allemande a eu raison de la jeunesse française…

Objectif sportif atteint par les Bleus

L’objectif minimum fixé par le Président de la FFF, à savoir une qualification pour les huitièmes de finale du Mondial, a été atteint  par les joueurs. Après la débâcle de 2010, un Euro 2012 en demi-teinte, et une qualification arrachée aux forceps face à l’Ukraine en match de barrages, l’objectif semblait à la mesure d’une équipe de France en pleine construction. Ne faisons donc pas la fine bouche. On aurait tous signé pour un quart de finale avant le début de la compétition.

Mais voilà, cette équipe France version Didier Deschamps nous a agréablement surprise, notamment lors de sa préparation avant Mondial. Les succès face à la Norvège (4-0), puis la Jamaïque (8-0) ont trouvé un formidable écho lors deux premiers matchs de poules face au Honduras (3-0), puis face à la Nati (5-2), balayée en à peine 45 minutes par une équipe de France que l’on avait rarement vue aussi efficace.

« Nous avons atteint le niveau souhaité en passant les huitièmes de finale. De là à dire que l’on pouvait gagner la Coupe du monde, non. Mais on s’est rapprochés des meilleurs » (Noël Le Graët)

Après un nul face l’Equateur (0-0), alors que le sélectionneur avait décidé de faire souffler quelques cadres, les coéquipiers d’Hugo Lloris auront passé l’obstacle du Nigéria (2-0) avant de voir l’aventure se terminer en quart face la Nationalmannschaft (1-0).  La marche semblait abordable, mais les Allemands ont rappelé aux Français combien l’expérience et l’efficacité étaient deux éléments primordiaux pour franchir un nouveau cap.

Un état d’esprit (presque) parfait

L’aventure humaine des 23 bleus sélectionnés par Didier Deschamps est certainement le meilleur élément de réponse apportée à l’attente du public. Du 19 mai au 4 juillet, la cohésion de groupe affichée par les joueurs a sûrement contribué a ravivé un soutien populaire que l’on n’avait plus senti depuis des lustres. En témoigne le retour de l’équipe de France à l’aéroport du Bourget, où des centaines de supporters déchainés s’étaient rendus en masse. On appelle ça un retour gagnant.

« Je suis très fier de ce qu’ont fait les joueurs sur le terrain et en dehors. Il y a du travail mais il y a des prédispositions. Il faudra maintenir cet état d’esprit et cette qualité pour l’avenir » (Didier Deschamps)

Durant la compétition, les titulaires, les remplaçants de premiers choix et les coiffeurs auront tous tenus leur rôle et montré l’exemple à suivre. Olivier Giroud, sur le banc lors du premier match face au Honduras, n’a certes pas caché sa déception mais s’est vite résigné à mettre ses états d’âmes de côté pour ne pas déstabiliser la vie du groupe. Le Gunner ne partira certainement jamais en vacances avec Karim Benzema, leur entente a régulièrement été mise en question par les médias, mais les deux intéressés n’en sont jamais venus aux mains. C’est déjà ça !

D’autres comme Schneiderlin, Cabela, Mavuba, Mangala ou Rémy auront peu ou pas du tout joué mais parfaitement répondu aux attentes de Didier Deschamps. C’est déjà une grande victoire en soit.

« Il faut souligner le bon travail de Didier Deschamps. Les joueurs ont été à son écoute totale. Durant un mois, je n’ai pas vu ni entendu un mouvement d’humeur. Le lien avec le public est renoué. C’est beaucoup plus simple de travailler dans des bonnes conditions » (Noel le Graët)

Bilan tactique des Bleus

  1. Bilan offensif

En l’espace d’un mois et une dizaine de rencontres toutes compétitions confondues, le visage des Tricolores s’est métamorphosé. Le constat né en amical contre les Pays-Bas (2-0) en mars s’est confirmé au cours de la préparation et a été validé contre la Suisse (5-2) au Brésil : les Bleus sont bien plus à l’aise en attaques rapides. Ils n’étaient pas les seuls, dans ce Mondial. Positionnés dans un 4-3-3, les coéquipiers de Karim Benzema ont rapidement pris leur marque et mené à bien leur tactique de contre-attaque, en alliant finesse technique et efficacité devant le but. Résultat : 35 buts marqués lors des dix dernières rencontres.

Le sélectionneur avait à sa disposition des profils adéquats. Karim Benzema, l’attaquant du Real Madrid, a été plutôt brillant par l’intelligence de ses déplacements et sa qualité technique, même si on pourra toujours lui reprocher une certaine nonchalance dans le repli défensif. Autour de lui, Antoine Griezmann et Loïc Rémy sont des joueurs de profondeur et Olivier Giroud, dans un autre profil, a constitué un pivot polyvalent et mobile, capable de briller en offrant par exemple le troisième but à Mathieu Valbuena contre la Suisse.

A l’inverse, l’équipe de France a peiné à mettre du rythme sur ses attaques placées, notamment en première mi-temps face au Honduras (3-0), jusqu’à l’expulsion de Wilson Palacios, et contre l’Equateur (0-0), avec un effectif légèrement remanié ainsi que devant le Nigeria (2-0) et l’Allemagne (0-1), même si elles furent plus rares. Quand Mathieu Valbuena n’est pas parvenu à offrir de solutions entre les lignes adverses, les Bleus n’ont pas su enchaîner vers l’avant, d’autant plus lorsque Yohan Cabaye était neutralisé.

2.  Bilan défensif

Au milieu de terrain, le triangle composé de Matuidi, Pogba et Cabaye en sentinelle, a largement compensé le manque de repli défensif des attaquants dans les couloirs mais il aura manqué d’impact physique sur certains matches. Sur le côté gauche, le Parisien a régulièrement rempli son rôle de relayeur et apporté des solutions offensives à Mathieu Valbuena. Paul Pogba, étoile montante du football français rassure par sa sérénité à seulement 21 ans. Sa justesse technique, sa qualité de passe et sa puissance physique ont été précieuses au milieu et dans l’entrejeu mais le jeune turinois, émoussé face au Nigéria, a montré ses limites.

En défense centrale, la paire Sakho-Varane, ou Varane-Koscielny a montré des garanties pour l’avenir. Face au Honduras, l’Equateur et le Nigéria, la défense française a rassuré par sa solidité et sa complémentarité, Hugo Lloris préservant sa cage inviolée durant trois rencontres. Dans le jeu, les Bleus n’auront encaissé qu’un seul but face à la Suisse, le but face à l’Allemagne étant intervenue à la suite d’un coup de pied arrêté. Il ne devrait donc pas y avoir de bouleversements majeurs dans un secteur qui compte de jeunes talents comme Debuchy,  Lucas Digne et Mangala. La relève est déjà prête.

Et maintenant ?

Qualifiée d’office en tant que pays organisateur de l’Euro 2016, la France a désormais deux années pour peaufiner ses réglages alors que le groupe devrait très peu évoluer. En effet, Didier Deschamps semble avoir trouvé une ossature sur laquelle il compte bien s’appuyer prochainement. Une trentaine de joueurs dont les réservistes du Mondial devraient rester dans le paysage des Bleus, comme les Lyonnais Clément Grenier, Lacazette, et Gonalons, les Stéphanois Trémoulinas et Perrin. Tout dépendra bien évidement de leur niveau de jeu et leur performances en clubs alors que la Ligue 1 reprendra ses droits début août. Quid de Franck Ribéry ? A son meilleur niveau, la France ne pourra se passer de l’attaquant du Bayern, leader technique de cette équipe. Mais son retour modifierait sensiblement l’équilibre trouvé par DD.

D’autres interrogations demeurent. Si Mickaël Landreau est officiellement retraité, le latéral gauche Patrice Evra souhaitera-il poursuivre sa carrière international ? Didier Deschamps pourra-t-il compter sur lui alors qu’il aura 35 ans à l’Euro ? Derrière, la relève frappe à la porte à l’image du Parisien Lucas Digne et les solutions ne manqueront pas.  Pour le reste, les autres joueurs dont Sagna, 31 ans et Mavuba, 30 ans, devraient rester dans l’esprit de Didier Deschamps. On aura des éléments de réponse dès la rentrée alors que le prochain rendez-vous est fixé le 4 septembre 2014 au Stade de France face à l’Espagne, première d’une longue série de matchs amicaux. Le début d’une nouvelle aventure ? On a déjà hâte de voir cela.

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Pierre Dujol

Pierre Dujol

Pigiste et Mondoblogeur pour la Coupe du Monde au Brésil, le pays de la Samba ! Passionné par le foot et la virtuosité des gestes techniques. Et surtout fidèle supporter de l'Olympique Lyonnais.

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