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« Cherche billet pour 1/4 France-Allemagne », le récit d’une galère

Français, installé depuis 3 ans à Sao Paulo, j’ai eu la chance et le privilège d’assister au match des Bleus à Salvador (victoire 5-2 contre le Suisse) en ayant obtenu 3 places via le site de la FIFA. Je cherche maintenant un sésame pour le quart de finale France-Allemagne au Maracanã par tous les moyens… Mais en restant raisonnable.

Obtenir un billet par la voie légale

On peut dire que j’aurais tout tenté. Levé à 6 heures du matin, connexion sur le site de la FIFA et attente dans la file d’attente virtuelle. Une attente parfois de plusieurs heures pour voir que plus aucunes places à São Paulo ou Rio de Janeiro n’étaient disponibles (SP car j’y vis, Rio car le Maracanã est un rêve). Frustration. C’est ainsi que je peux résumer les jours de vente de place « premier arrivé, premier servi ».

Lors des autres phases de vente (appelé « tirage au sort »). j’ai eu la chance de « gagner » le droit d’acheter 3 places pour le match France – Suisse à Salvador: un pour moi, un pour ma copine, un pour une visite possible. Cette dernière n’ayant pu venir pour la compétition, le billet sera revendu devant le stade au prix coutant à un sympathique supporter chilien. J’aurais donc réussi à assister à cet évènement, voyant un match (et quel match) de mon équipe nationale, même si pour cela, j’aurais dû aller à l’autre bout du pays.

« Impossible de passer à côté de ce match »

Seulement voilà: en quittant le stade en ce 20 juin, j’ai dû annoncer à ma copine que « s’ils jouent ainsi, il faudra que j’aille au 1/4 de finale à Rio ».  Voyant les étoiles briller dans mes yeux, elle m’a confirmé qu’il fallait que j’y aille. Cette occasion ne se représentera pas de si tôt.

Ce billet, je l’avais presque en main lors de mes tentatives d’achats régulières sur le site de la FIFA. Seulement, je n’ai jamais réussi à confirmé la vente car « le produit » se retrouvait en moins de 10 secondes « indisponible ».

J’ai tout de même attendu la confirmation de lundi, sachant que le match contre le Nigéria ne serait pas une partie de plaisir, pour me mettre en quête du sésame. J’ai fait les comptes: R$ 160,00 (60 euros) pour le bus aller-retour SP – Rio + un budget de R$ 750,00 maximum (250 euros) pour trouver une place.

La fin des illusions, ou pas…

La France passe donc dans la douleur… C’est un signe. Il faudra être au Maracanã vendredi pour pousser nos Bleus face à la Manschaft. Je commence à chercher sur internet. Inutile de préciser que le site de la FIFA confirme que le stade sera plein, il faudra donc trouver un autre moyen.

En tapant « ingressos França – Alemanha », on trouve quelques sites qui proposent des places pour le match, mais pas à moins de 1000 euro la place. Impossible pour mon budget. Cependant, il existe sur les réseaux sociaux des conversations avec des offres de billets… Je tente ma chance.

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Après avoir contacté une quizaine de cambistas, impossible de trouver un billet pour moins de R$ 2.000,00 (soit 666 euros), on m’a proposé des places à R$ 5.000 (soit 1666 euros). Selon certains articles parus dans la presse, mes compatriotes qui sont sur places n’obtiennent pas de meilleurs tarifs.

La seule lueur d’espoir peu venir d’un revendeur qui me cèderait la place au prix FIFA (R$ 660,00) s’il ne la vend pas avant jeudi soir. Je ne sais pas encore si je dois encore y croire ou me résigner à voir le match au FIFA Fan Fest de Sao Paulo.

 

Benjamin POTET, Observateur de FRANCE 24 à Sao Paulo, Brésil


Brésil : la Seleçao doit encore convaincre

Lundi, la Seleção rencontre un lion blessé pour son ultime match de la première phase de son mondial. Aussi fou que cela puisse paraître, le billet pour les huitièmes n’est pas encore composté. Le match contre le Cameroun est donc décisif mais l’important est ailleurs : imposer son identité de jeu et séduire enfin la nation auriverde. (Crédit photo : Benjamin Potet)

Certes, mardi dernier il y a eu du mieux comparé au match d’ouverture contre la Croatie, après lequel même les médias s’accordaient pour faire part de leur inquiétude (le grand patriote Galvão Bueno, fidèle commentateur de la Globo en tête).

Certes, sans un Memo Ochoa en transe, Neymar Junior et sa bande se serait surement qualifiés pour les huitième de finale dès le match contre le Mexique .Certes, en cas de victoire, le Brésil sera bien premier de son groupe. Cependant le niveau de jeu et surtout la faible efficacité du pays hôte inquiètent les torcedores.

Un tournoi ouvert et le Joga Bonito à l’honneur

Nous assistons à une Coupe du monde tournée vers l’offensive. C’est bien l’anti-2010, qui était une compétition fermée et extrêmement tactique. Cette année la vista, le fighting spirit (ou grinta), la justesse technique et l’efficacité offensive sont à l’honneur. Des Pays-Bas au Chili en passant par la France, l’Allemagne ou même l’Algérie, les équipes qui en veulent et savent se projeter vers l’avant détiennent souvent la clé du match.

Au Brésil, la première victoire était entachées par des erreurs d’arbitrage et le second match par une certaine frustration. Il faut donc que le troisième soit parfait pour que le Brésil rentre enfin dans sa Coupe du Monde. Car après un Cameroun sans sa star Eto’o et miné par les conflits entre les joueurs eux-même et avec la fédération, ce sera le Chili ou la Hollande, bref, l’une des deux sensations de ce début de compétition. Attention cependant à l’excès de confiance car ce ne sont pas les surprises qui manquent depuis le début de la compétition : qualification du Costa -Rica, sorties prématurées de l’Espagne et de l’ Angleterre après seulement deux matchs.

Fred et Paulinho dans l’oeil du cyclone

Si les latéraux Daniel Alvés et Marcelo se sont réveillés après leurs difficiles entrées dans la compétition, deux joueurs sont la cible des critiques: l’ancien lyonnais Fred et le milieu Paulinho.

Fred est le choix par défaut de Felipão, après la décision – incompréhensible !? – de Diego Costa de porter le maillot de l’Espagne. L’an dernier, Fred s’était particulièrement illustré lors de la Coupe de Confédérations (5 buts) et sortait de deux exercices très réussis avec Fluminense (65 buts en 88 matchs entre 2011 et 2012).

Ces deux dernières années ont été beaucoup plus délicates avec la rétrogradation du club carioca sauvé par une décision administrative. Encore dans le 11 de Luiz Felipe Scolari, il semble perdu sur le terrain ou inexistant en se faisant remarquer seulement par ses positions hors-jeu.

« Chenapan Fred, il n’a pas payé son billet mais a vu le match à une place privilégiée. »

Quand à Paulinho, l’homme de base du Corinthians champion du monde 2012 est reconnu internationalement depuis sa signature à Tottenham et sa grande Coupe des Confédérations. Son rôle est de faire le liant entre l’attaque et la défense, or, c’est plutôt son compère du milieu Luis Gustavo ou les défenseurs centraux David Luiz et Thiago Silva qui ont des initiatives jusque là.

Dans le système Scolari, on attend du profil de Paulinho cette rigueur européenne et cet abattage au milieu de terrain. Pour l’instant : rien! La veille de ce match décisif, c’est même sa mère qui a déclaré dans les médias que les critiques ne le touchaient pas et qu’il y avait encore beaucoup de matchs pour qu’il puisse s’illustrer.

La réponse à ces questions seront probablement dévoilées lundi. Nous verrons si la Seleção enchantera vraiment son peuple. Sinon Felipão devra rapidement trouver des solutions alternatives, avec des décisions pas toujours évidentes à prendre.

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Brésil : #VaiTerCopa

DIAPORAMA | Oui, la Coupe du monde aura bien lieu. Même si l’effervescence est moindre que lors des compétitions précédentes,  la compétition commence ce jeudi, dans un Brésil partagé entre passion pour le football et contestations sociales. (Crédit photo : Ben Potet)

Les drapeaux et les décorations auriverdes ont enfin fait leur apparition, les jours de matchs de la Seleção ont été marqués comme fériés – au moins la mi-journée-  et Dilma est intervenue mardi soir pour rappeler que cette Coupe du monde était une chance, qu’elle aura des retombées positives et que chaque année, le budget de l’éducation représente 212 fois celui des investissements fait dans les stades sur les 5 dernières années.

Néanmoins, quand on discute avec les locaux (mis à part les dingues de ballons ronds), le cœur y est moins que pour les éditions précédentes.

A Sao Paulo règne encore cette ambiance pesante liée à la contestation  plus ou moins partagée par tous, mais aussi l’intime anxiété de vouloir laisser une belle image au monde entier lors de cette « si grande opportunité« .

Pas sûr que le chemin de croix pour rejoindre l’Itaquerão ne laisse un souvenir positif aux chanceux ayant un précieux sésame pour voir le match d’ouverture.

Pas de grève ! Ni de contestation !?

A 16 heures mardi, les syndicats majoritaires du métro ont annoncé une reconduction de la grève, finalement suspendue mercredi, le renvoi par le gouverneur de l’Etat de Sao Paulo de 42 grévistes lundi ayant été considéré comme illégal.

Puis à 20h30, l’assemblée générale a voté définitivement une non-reconduction de la grève, ne souhaitant pas faire le jeu des opposants politiques au gouvernement fédéral. Une épine dans le pied en moins pour les organisateurs et les pouvoirs publics.

Le comité #NãoVaiTerCopa (la Coupe du Monde n’aura pas lieu) n’a pas encore lancé d’appel à la manifestation. Mais manifester et créer la confusion près des stades ou des espaces FIFA Fan Fest, est-ce constructif ? Le message sera-t-il bien retransmis dans le monde entier et sera-t-il positif ?

Un Hynme, un coup de génie et la Copa das copas sera lancé

Lors de l’ouverture de la Coupe des Confédérations en juin 2013, les joueurs de la Seleção et le public Cearense de Fortaleza avaient offert un moment de communion émouvant au moment de l’hynme national.

https://www.youtube.com/watch?v=MdEWLplU6QI

Le contexte était quasiment similaire. David Luiz avait même lâché en conférence de presse que même s’ils étaient maintenant « en haut« , les joueurs n’oubliaient pas d’où ils venaient.

Il y a fort à parier qu’après quelques strophes, une accélération, une passe géniale, une frappe chaude, Sao Paulo et les 200 millions de Brésiliens vibreront ensemble. Et ça tombe bien car Neymar est allé se coucher tôt hier soir, telle un bambin un 24 décembre car il est « impatient » et « il faut que ça passe vite« .

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« La coupe du Monde n’aura pas lieu » – « Communiqué, aujourd’hui les bureau sont fermés. Motif: regarder le match du Brésil » – Crédits: https:///www.willtirando.com.br/

Benjamin POTET, Observateur à Sao Paulo, au Brésil


Brésil : le métro est prêt… pour la grève

Dans le métro de Sao Paulo, des panneaux indiquent comment se rendre au stade (Crédit photo : Ben Potet)
Dans le métro de Sao Paulo, des panneaux indiquent comment se rendre au stade (Crédit photo : Ben Potet)

Les transports à Sao Paulo ont été l’un des points catalyseurs des protestations de juin 2013. Il s’agissait de lutter contre une augmentation du prix des billets de 7 %. En plus de faire partie du quotidien d’environ 3,5 millions de Paulistanos, le métro sera incontournable pour relier le centre de la ville au stade, plus à l’Est. Néanmoins, une grève pour une durée illimitée vient d’être votée par les syndicats majoritaires réclamant une augmentation… mais pas que !

Quelle fut ma surprise de bon matin lors de mon trajet quotidien en métro d’entendre l’annonce des stations en portugais, puis en anglais (certes avec un accent encore hésitant). Nous y sommes donc !

Le métro, moyen de transport privilégié pour aller au stade

A une semaine du Mondial, les transports se sont mis aux couleurs de la compétition et tentent, tant bien que mal, de guider le touriste dans la jungle de béton. Pas de doute, les chemins pour l’Itaquerão, le stade qui accueillera les matchs, ainsi que pour le FIFA Fan Fest sont indiqués dans toutes les stations. On y est, ça approche !

Le métro sera d’ailleurs le moyen de transport privilégié pour rejoindre le stade. En effet, ce dernier a été installé au beau milieu des quartiers est de la ville, dans un souci foncier, mais aussi de par volonté de recréer de nouvelles centralités au coeur d’une zone qui compte 3,6 millions d’habitants et de nombreux quartiers populaires.

Transports « Padrão FIFA« 

Néanmoins, bien avant ces belles signalisations ou ces annonces en anglais, ce sont les chasubles de certains agents du métro qui interpellent.  « Marre de l’étouffement, du harcèlement et de la corruption. Le métro n’est pas une marchandise« , peut-on lire sur leur dos, écrit blanc sur noir.

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Certains agents du métro arborent des messages anticorruption sur leur chasuble (Crédit photo : Ben Potet)
Marqués par les manifestations de l’an dernier et conscient de la mauvaise qualité des transports publics dans la capitale paulista, les agents protestent pacifiquement pour que cela change.

Le gouvernement de l’Etat au cœur des critiques

Renato, agent de sécurité dans le métro de Sao Paulo, espère ainsi interpeller les usagers et montrer qu’il est de leur côté pour prôner l’amélioration du bien public :

« La mauvaise qualité des transports publics est indigne d’une métropole de 12 millions d’habitants. Pendant que certains touchent des pots-de-vin, les autres perdent des heures dans des transports bondés et peu fiables ».

A travers ces accusations, Renato fait directement référence au scandale qui touche l’administration de l’Etat de Sao Paulo, qui aurait reçu de l’entreprise Siemens quelques gratifications au moment du choix du constructeur des nouvelles lignes de métro et monorail de la capitale.

Dans la soirée du 4 juin, à une semaine du coup d’envoi de la compétition, les syndicats majoritaires ont décidé de se mettre en grève pour une durée indéterminée. Le but ? Réclamer des augmentations de salaire, mais aussi des améliorations dans les conditions de travail.  « Nous exigeons des transports aux normes de la FIFA« ,  indique ainsi la face de la chasuble.

Ben POTET, Observateur à Sao Paulo

 


Brésil : on est (presque) prêt !

L'Arena Corinthians, à Sao Paulo, durant ses travaux. Le stade accueillera le match d'ouveture du Mondial (Crédit photo : Portal DA Copa, Flickr/CC)
L’Arena Corinthians, à Sao Paulo, durant ses travaux. Le stade accueillera le match d’ouverture du Mondial (Crédit photo : Portal DA Copa, Flickr/CC)

A Sao Paulo, on est prêt ! Enfin, pas tout à fait… Le stade qui doit accueillir l’ouverture de la compétition a été testé une nouvelle fois dimanche 1er juin, mais une tribune n’a toujours pas reçu l’accord des pompiers. Elle est restée fermée au public. Itaquerão n’aura donc pas été testé à 100 % avant le match d’ouverture le 12 juin. D’autres infrastructures seront, elles, livrées après la compétition.

Des stades pas totalement finis, des transports pas tout à fait au point… Malgré ces petits contretemps, on est prêt à accueillir les officiels et plus de 600 000 supporters venus du monde entier lors de ces cinq semaines de compétitions.

Prêt, pas tout à fait non plus, car lorsque certains dénoncent le manque d’infrastructures d’accueil et de transports, d’autres s’insurgent du coût absurde de la construction de stade ou des billets des matchs. Ces messieurs de la FIFA ne sont donc pas tout à fait les bienvenus et le comité #NãoVaiTerCopa – « Il n’y aura pas de Mondial » – lui, est prêt à les accueillir.

Même Ronaldo est critique

En cette année 2014, il y a une Coupe du monde au Brésil, mais aussi une élection présidentielle en octobre. Quand l’opposition à la droite de Dilma Rousseff espère secrètement un fiasco dans l’organisation qui servira ses intérêts électoraux, une opposition plus citoyenne manifeste bruyamment, réclamant des infrastructures et des services quotidiens de qualité, « padrão FIFA« .

Même Ronaldo, o Fenomeno – qui faisait partie du comité d’organisation de l’évènement et disait il y a tout juste un an que l’ « on ne faisait pas une Coupe du Monde avec des écoles et des hôpitaux » – se met à critiquer les lacunes et les retards.

« En dehors du terrain, le Brésil a déjà perdu…«

« Moi je ne m’occupe que du terrain, car en dehors, je sais déjà que le Brésil a perdu » lançait le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, la semaine dernière dans les colones d’un grand quotidien national. Il ajoutait ainsi son grain à moudre au pessimisme ambiant. Il est hélas de bon goût au pays du carnaval de dire qu’on n’est pas à la hauteur et que l’explication est tout simplement « culturelle« .

Concernant le terrain, Felipão a d’ailleurs affirmé que là aussi il y avait du retard dans le programme de préparation des joueurs après les dix premiers jours de concentration. Même là, « on n’est pas prêt » et « il va falloir travailler plus durement« .

Néanmoins, ce qui compte, ce n’est pas aujourd’hui, mais bien cette date du 12 juin 2014, lorsque Brésiliens et Croates entreront sur le terrain pour en découdre. C’est là que l’on fera les comptes pour voir qui est prêt et qui ne l’est pas.